Övgön buurain süyeger FR

Övgön buurain süyeger
(Les sages paroles d’un ancêtre aux cheveux blancs)

Musique, art et histoire par Steve E. Morel. ©2024.

This story is also available in English here.
Энэ өгүүлэл энд холбоосоос монголоор уншиж болно. (Тун удахгүй)


Liste des titres

  1. Тамлага /Tamlaga/ – Invocation
  2. Сохор элээний ширтэлт /Sokhor eleenii shirtelt/Le regard du milan noir aveugle
  3. Эрчимт голын харгиа /Erchimt goliin khargia/Le cours de la véhémente rivière
  4. Гуринх эх чоно /Gurinkh ekh chono/La mère louve affamée
  5. Хиа дөнөн буга /Khia dönön buga/Le cerf élaphe éclaireur de quatre ans
  6. Модноо дүүлэх хэрэм /Modnoo düülekh kherem/L’écureuil sautillant dans les bois
  7. Үүлэн чөлөөний наран /Üülen chölöönii naran/Le soleil rayonnant à travers l’interstice des nuages
  8. Цөхөрсөн онгодын аяглал /Tsökhörsön ongodiin ayaglal/La crise de colère de l’esprit accablé
  9. Хөх хомоолын май /Khökh khomooliin mai/Les volutes de la fumée de khomool
  10. Уулын савдгийг аргадахуй /Uuliin savdgiig argadakhui/L’apaisement de l’esprit gardien de la montagne
  11. Гэнэн майга бор /Genen maiga bor/L’ours candide aux pattes arquées
  12. Бэлгэт зарааны мөрөөр /Belget zaraanii möröör/La trace du hérisson de bon augure
  13. Хайрханы сүлд ирвэс /Khairkhanii süld irves/Le majestueux léopard des neiges du Khairkhan
  14. Урин ханш нээхүй /Urin khansh neekhüi/Le rajeunissement du printemps
  15. Мордох /Mordokh/Départ

Récit

Chapter 1
Tamlaga – Invocation

Ce récit se déroule vers la fin de l’automne, alors que les premiers flocons de neige tombent délicatement sur la campagne. Nous nous rassemblons autour d’un feu de joie fraîchement préparé, allumé à partir de branches de bouleau et de pin, pour invoquer et honorer notre ancêtre. C’est avec une allégresse et une excitation indéniables que nous nous réunissons pour son arrivée. Ses sages paroles et ses conseils nous remontent toujours le moral et nous guident vers un meilleur horizon… Nous pourrions dire sur notre chemin d’âme.

La cérémonie commence avec une mélodie inspirée par des temps ancestraux, murmurée par le vent traversant arbres et herbe oscillante, passant par de vastes vallées et voyageant au-dessus de hautes montagnes. À mesure que le rythme s’intensifie, nous sentons notre ancêtre se rapprocher, saisissant sa voix résonnante au loin dans des mots indiscernables, et parfois même des rires. La mélodie imprégnée par la nature environnante continue son cheminement, comme chevauchée par notre invité qui approche…

Les yeux fermés, nous patientons. Nos corps se balancent furtivement, nos mains posées sur nos genoux, les paumes tournées vers le ciel, à la fois signe de respect et geste de bienvenue. La mélodie continue de mûrir, préparant l’espace pour recevoir notre ancêtre… Après une montée d’intensité époustouflante, semblable aux sabots d’un cheval frappant lourdement le sol dans l’élan final pour atteindre la ligne d’arrivée d’une course ardente, notre invité d’honneur s’assoit parmi nous. Lentement, il se familiarise avec sa forme physique. Il range son instrument derrière lui, sur son côté gauche. Il pose son coude droit sur son genou et prépare ainsi sa main droite, afin d’y accueillir son bol d’argent rempli de lait frais. Après quelques gorgées, nous savons que nous pouvons l’approcher avec révérence et respect. L’un après l’autre, nous le saluons et le laissons humer notre front. Une façon pour lui de se familiariser avec chacun de nous. Comme il est de coutume, nous lui demandons s’il a fait bonne route, et de son caractère enjoué, il répond d’une blague ou deux. Tous, nous sourions et jubilons à l’idée des moments à venir. Après cette affable et tendre introduction, il prend sa pipe pour fumer son tabac préféré, paisiblement, tranquillement… Un moment pour se recentrer… tandis que patiemment, nous attendons le début de ses histoires…


Chapter 2
Sokhor eleenii shirtelt – Le regard du milan noir aveugle

Enveloppé par la douce odeur de sa pipe, nous écoutons avec attention la voix lente, rocailleuse et âgée de notre papy. Nous sentons au-dessus de nous le regard observateur d’un milan noir, aux plumes brunes claires, au bec crochu, aux ailes coudées et à la queue triangulaire distinctive. Oiseau de proie souvent considéré comme la monture des esprits de nos ancêtres. Il vole et plane paisiblement en rond, criant… et scrute chacun de nos mouvements, comme pour vérifier que notre papy a bien atterri et que tout se déroule bien. Sa curiosité l’amène à observer nos retrouvailles.

Maintenant plongé dans la conversation, nous commençons à nous sentir plus à l’aise. Une atmosphère simple et à la fois intime s’installe alors que nous partageons les petits beignets encore fumants tartinés de crème caillée fraîche. Du thé au lait salé dans lequel nous voyons fondre un peu de beurre contribue également à réchauffer nos corps et nos cœurs. Un par un, nous nous asseyons à côté de notre papy pour solliciter ses sages paroles et ses conseils.

Dans le vaste ciel clair résonne le cri perçant du milan noir. Nous l’entendons au loin et il nous donne l’agréable sensation que Tengri est proche et veille sur nous. L’oiseau prend grand soin de sentir nos intentions pour confirmer que la rencontre avec notre papy se passe bien. Après un moment, sa curiosité est satisfaite. Il s’élance alors dans un battement d’ailes, et disparaît à l’horizon. Là, il attendra un signe de notre papy, afin de l’accompagner lors de son départ.


Chapter 3
Erchimt goliin khargia – Le cours de la véhémente rivière

Non loin se trouve une large et puissante rivière. Ses berges sont blanchies par la glace se formant à mesure que la neige s’accumule lentement. Le déferlement sonore de son flux intense, éclaboussant entre les rochers et se heurtant à la glace, résonne dans un grondement grave et envoûtant. A travers cette mélodie monotone, nous pouvons presque percevoir la vie de cette rivière, depuis sa naissance, jaillissant de sa source, ruisselant sur le flanc d’une montagne, peu à peu rejoint par d’autres cours d’eaux, grandissant jusqu’au point de devenir un torrent, traversant souterrains et forêts, nous dépassant vélocement, pour enfin se libérer dans une ultime frénésie, dans un lac environnant.

Nous commençons à nous accoutumer à ce timbre sourd et permanent. Sa constance apaise nos âmes et détend nos êtres, investissant l’espace et façonnant le décor d’un récit que notre papy s’apprête à narrer.